Année 1959

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C’est la guerre, un soldat de passage couche avec une fille. 
C’est là un fait divers banal.

La fille est enceinte. 
C’est déjà moins banal.

Et… le résultat
 … c’est moi.
Ça, ce n’est plus du tout banal!

Bien qu’encore tout innocent, j’apparais presque comme un invalide de guerre…

C’était le 02/07/1959, un jeudi où une vie mouvementée commençait.

Quelques années plus tard, à l’âge de trois ans.

Des barreaux ! Je suis derrière des barreaux ! je remue ces barreaux, j’adore ! Mais, fait curieux, je suis le plus excité de tous les enfants. Nous sommes tous réunis dans une énorme salle, dont les murs, hauts en pierres nous entourent, des centaines d’enfants, j’en ai l’impression. Tout à coup, une dame avec un truc blanc sur la tête me prend dans ses bras et me soulève pour me mettre hors de cette cage…

Je me mets à courir, courir, oh fait surprenant, je claudique. Oui, c’est-à-dire, du verbe claudiquer, je cours avec une jambe plus courte . Ha! ha ! Mais je fonce comme une flèche, c’est du moins l’impression que j’ai !

Voilà donc la première vision de ma vie, une impression me saisit tout le corps, quelque chose ne va pas. Je suis différent de tout le monde. Tous ,autant qu’ils sont me regardent drôlement. Une voix pleine d’entrain me susurre à l’oreille:

« Salut Toi! Je suis ton fidèle ami, viens, on leur montre que l’on sait courir, et même les affronter à la course».

Jouteur est avec moi, voilà comment une de mes premières peurs m’a permis de me créer mon premier rôle. Je suis différent, je le sens, je suis infirme, j’en ai peur. Mais un enfant ne sait pas qu’il est infirme, il sent juste qu’il est différent, et selon sa force de caractère, il va être fort.  Il n’a pas vraiment le choix, c’est se battre ou baisser les bras.

Jouteursalut mon garçon, je suis là pour te protéger, te guider et surtout, sera ton meilleur ami, à la vie et à la mort !

C’est un extraordinaire compagnon de jeu, il est terriblement gai, infatigable, si gentil, si charmant que toutes les dames qui sont là le protègent plus que les autres enfants alentour, on appelle cela être le chouchou, n’est-ce pas ?

Jouteur est en effet devenu mon premier MEILLEUR ami, il me suivra d’ailleurs partout tout le long de ma vie.

J’ai donc trois ans, je suis dans un orphelinat de religieuse française. Je fais les mille et une bêtises d’un enfant très gentil, mais doué d’une gaieté de vie de 2 gosses! Je suis malingre, d’une mixité douteuse et incertaine entre Inde et Vietnam. Non, ne me demandez pas qui est qui, je suis orphelin et abandonné. Donc, ma génétique est une question dont la réponse reste en suspens encore aujourd’hui .

 J’ai donc un corps si rachitique que même un petit chien en Europe doit peser plus lourd que moi ! Non, je ne vais pas faire dans le mélodrame, ce ne sont que des faits que je dois relater avec le plus d’impartialité possible. Avec les autres enfants dans la cour, il nous arrivait de nous réunir à la file indienne, et de tirer nos propres vers (solitaires) de nos fesses, pour que notre nourriture ingurgitée (Riz et poisson grillé tous les jours de l’année) ne soit pas détournée par ces saletés de vers. Euh, curieux quand même non ? Des bêtes vivent dans votre ventre, ils sont vivants et mangent tout ce que vous avez avalé ! Vous restez tout maigre à vie si vous ne les retirez pas !

Les jours se suivaient et se ressemblaient presque tous. Les super jours, furent ceux de l’arrivée des soldats américains, avec jeeps et toute la garnison ! Ouah! nous recevions de leur part des tas de choses chouettes.

Je me souviens d’un jour inhabituel . On voyait sur des écrans le drapeau américain et l’annonce de la mort d’une personne très célèbre. Il y a eu une messe dans l’église de l’orphelinat. Avec tout le cérémonial qui se doit à un président des États-Unis. Eh oui, j’ai compris bien plus tard, que ce fut John Fitzgerald Kennedy, lui-même. L’odeur de l’encens dans une énorme cathédrale, les grandes travées où tout le monde psalmodiait ou pleurait. La messe fut dite en latin, mais je ne l’ai compris que bien plus tard aussi.

Comme tant de choses qui vont survenir dans cette période de mon existence.

Sinon, routine quotidienne dans l’orphelinat.

Voilà quelques loisirs dont j’étais friand : distributions de chewing-gums, jeux avec les feuilles de cellule photographique, oui, vous savez, ce genre de papier que l’on trempe dans une cuvette et qu’ensuite on l’expose au jour avec une feuille d’un arbre placé ci-dessus, ou bien une paire de ciseaux et miracle, se dessine sur cette page blanche l’ombre de ce que vous avez déposé auparavant ! Nous avons aussi appris le baseball oui ! Oui ! La seule différence qu’il y a  entre un orphelinat des États-Unis d’Amérique et un orphelinat du Vietnam, c’est que la balle est un petit bout de bois et la batte, un autre bout de bois, mais plus grand.

Explication : le batteur positionne son petit bout de bois dans un trou creusé au sol ,un autre petit bout de bois mis en travers de celui-ci, ainsi positionné, il permet au  premier bout de bois de se trouver en position d’être frappé.

Si le bâton est bien frappé, il est donc envoyé au loin, mais si le coup frappé n’était pas suffisamment fort, il tombe dans les bras du stoppeur !! Ce bâton est donc éjecté selon le plan d’inclinaison du petit bout de bois. Celui-ci s’envole, et les autres, les stoppeurs, doivent récupérer le bâton volant et le renvoyer rapidement au centre pour stopper celui qui court, et bien sûr, celui qui a envoyé le bout de bois au loin doit courir et couvrir le plus de bases possible !!! Je fus avec Jouteur un terrible lanceur ! Oui !! Vous le verrez plus tard, Jouteur est impressionnant, malgré son rachitisme, une force dans le bras droit existait déjà ! On appelle cela, la naissance d’un puncheur ;-)) hi, merci Jouteur !

– de rien mon garçon ! Ne surtout jamais baisser les bras ! Tu es un bon, mon ami !

Et surtout, je faisais rapidement le tour des bases, les soldats américains furent étonnés et charmés par ce garçon si véloce !! Et humour mis à part, le fait d’avoir une jambe plus courte que l’autre me permettait de tourner en rond, ;-))) blague d’autodérision, j’adore !

Il y avait les soirées « séance cinéma », tous les enfants dans la cour extérieure, assis . Devant nous, était dressé un écran blanc, et là, miracle des miracles, des gens parlent sur cet écran, et l’on a vite compris, tous les enfants présents et moi-même, qu’il y avait même une histoire à suivre ! ouah ! génial !

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